« Conférence nationale du handicap : le Président de la République tient ses engagements de campagne. | Page d'accueil | Réforme du temps de travail »

mercredi, 18 juin 2008

Commémoration de l'appel du 18 juin 1940

« Il était la voix de la France, quand elle n’avait pas de voix. Il était celui pour qui les résistants se faisaient fusiller et afin d’avoir le courage de supporter le dernier supplice, criaient son nom. » Ainsi le Général de Bénouville, Compagnon de la Libération, évoquait l’Homme du 18 juin.

Georges Pompidou, a superbement résumé sa vie, le 10 novembre 1970 : « Le Général De Gaulle est mort. La France est veuve. En 1940, le Général De Gaulle a sauvé l’honneur, il nous a conduit à la Libération et à la Victoire. En 1958, il nous a épargné la guerre civile. Il a donné à la France ses institutions, sa place dans le monde. En cette heure de deuil pour la patrie, mesurons les devoirs que nous impose la reconnaissance. Promettons à la France de n’être pas indignes des leçons qui nous ont été dispensées, et que, dans l’âme nationale, De Gaulle vive éternellement. »

Il y a des moments dans l’histoire d’un peuple où son destin semble hésiter : ce sont de rares moments de détresse et de grandeur où le fléau de la balance oscille. Qu’une volonté charge l’un des plateaux et le fléau s’incline, même imperceptiblement. Le 18 juin 1940 fut un de ces moments-là. Et c’est pour cela qu’il représente sans doute, dans l’histoire de notre pays, l’un des moments les plus émouvants.

Le 18 juin 1940, tout se déroulait en effet comme dans un mauvais rêve : le destin de la France semblait partir à la dérive avec une armée qui se repliait dans la débâcle, un peuple qui se répandait, éperdu, sur les routes et la machine du pouvoir qui tournait dans le plus grand désordre... Jacques Chirac, aussi, a évoqué cette journée : « ce fut alors qu’un micro de la BBC diffusa un message singulier, lancé par une voix inconnue. Ce message, alors que le gouvernement français vient de demander un armistice, refuse la résignation et appelle tous les Français, de France et hors de France, à venir rejoindre à Londres, un soldat sans crédit ni justification qui les invite à reprendre le combat, avec lui, car « rien n’est perdu pour la France ».

C’était un appel de trois cents mots, trois cents mots seulement, des mots très simples qui répondaient aux rêves têtus de ceux qui ne voulaient pas admettre que la défaite fût définitive. Trois cents mots qui refusaient la résignation, l’humiliation, trois cents mots qui appelaient tous les Français, de France et hors de France, à venir rejoindre à Londres un soldat sans crédit particulier pour reprendre le combat, car « rien, disait-il, n’est perdu pour la France ». Trois cents mots qui, à l’évidence du désastre, substituaient l’intuition de la victoire.

Il est difficile pour nous aujourd’hui de saisir ce que de tels mots avaient alors d’incroyable : alors que l’adversaire était triomphant, cet appel prophétisait l’élargissement de la guerre à l’échelle de la planète. Proclamait sa foi en la victoire finale, alors que l’on ne disposait d’aucune force. Demandait, pour sauver un pays défait et rétablir la République, de s’affranchir de toutes les règles, de toutes les disciplines et de tous les usages ; de choisir l’arrachement, l’exil, l’incompréhension, la méfiance ; de s’élever au-dessus des loirs pour obéir à celles non écrites de la conscience. Cet appel du 18 juin, si étonnant, si audacieux, que seul pouvait lancer un homme « hors de toutes les séries », cet appel aurait pu passer inaperçu dans le désarroi, l’effroi et la confusion générale.

L’appel du 18 juin fut un commencement, un très grand commencement. De Gaulle « devant le vide effrayant du renoncement général » avait décidé, en ce moment, le pire de son Histoire, « d’assurer l’avenir de la France ». Aujourd’hui, nous devons évoquer la mémoire de cet homme d’Etat, hors du commun, qui fut avec Clémenceau, le plus grand Homme d’Etat français du XXe siècle. Tout jeune officier, ses conceptions stratégiques allaient à l’encontre des idées en vogue à l’époque. Il prononce plusieurs conférences à l’Ecole supérieure de guerre ; il y fait preuve d’indépendance d’esprit et développe l’idée qu’il se fait du chef militaire. De Gaulle réfléchit à une réforme de l’armée et aux relations entre l’armée et le politique. C’est ainsi que dans son premier ouvrage, « La Discorde chez l’ennemi », qui paraît en 1924, il insiste sur le fait que le politique doit primer sur le militaire.

Ses théories sur l’action combinée du char et de l’avion seront celles mises en œuvres par l’armée allemande, qui en 1940, écrasera, en quelques semaines, l’armée française qui perdra 100 000 hommes et les quelques avions qu’elle pouvait mettre en ligne. Ses conceptions d’avant-garde furent ignorées par le Front Populaire en 1936 qui réduira, suivant une tradition propre à la Gauche, les crédits militaires, cela nous conduira à une défaite certaine en 1940, par manque de chars et d’avions. Dès le 28 juin 1940, Winston Churchill reconnaît De Gaulle comme chef des Français Libres. Mais les relations de De Gaulle avec les Alliés seront très difficiles car Roosevelt, le président des Etats-Unis, lui préférant le général Giraud, ce qui créa quelques problèmes.

D’ailleurs, Churchill et Roosevelt n’informeront le Général De Gaulle ni du Débarquement en Afrique du Nord, ni du Débarquement en Normandie. Le Général ne connaîtra la date du 6 juin qu’au moment où les premiers soldats anglais et américains sauteront sur notre territoire national, le 6 juin 44. Quand le 14 juin 1944, le Général arrivera à Courseulles en Normandie, contre l’avis des Alliés qui n’en voulaient pas, il rétablit immédiatement l’autorité de la France sur les territoires libérés qui devaient être contrôlés par les autorités américaines.

A la Libération de Paris, la France ne formait qu’un peuple. Toutes les différences étaient balayées en cet instant privilégié de notre histoire, en ces minutes inoubliables. Les français s’embrassaient sans se connaître ; ils partageaient la même allégresse, puisqu'ils avaient souffert et espéré ensemble et que maintenant ce jour tant attendu était arrivé.

L’amertume, la haine, les règlements de comptes, la division, c’était pour plus tard. Mais ce jour-là, la France n'avait qu’un cœur et les français le donnaient dans une immense clameur à cet homme qui dominait la foule, qui représentait la fierté retrouvée de la France, la preuve vivante que notre pays s’était battu sur tous les fronts grâce à lui et avait participé activement à la Libération de Paris et de la France.

Celui qui n’a pas vécu ces moments-là, celui qui n’était pas sur les Champs-Elysées, le 26 août 1944, pour voir le général De Gaulle, entouré de ses compagnons, de ses officiers, descendre l’avenue, ne peut imaginer la ferveur, l’émotion poignante qui était présente. Et c’est pourquoi je considère que toutes les oppositions politiques partisanes d’aujourd’hui sont néfastes et que, au lieu de nous déchirer au nom d’idéologies irréalistes nous devrions nous unir pour le bien commun de tous.

En 1944, le Général avait déjà dit « NON » aux doctrines militaires dépassées, « NON » aux conceptions socialistes du Front Populaire, « NON » à l’Armistice, « NON » à l’Etat Français de Pétain, « NON » à Roosevelt qui voulait l’éliminer. Il allait, plus tard, dire « NON » à la dictature des partis politiques et des syndicats que nous subissons toujours. Il préféra quitter le pouvoir, en 1946, plutôt que de cautionner, leur conception suicidaire de gérer la France. Le Général De Gaulle « traversera le désert de 1946 à 1958 » où, à nouveau, la France s’enfoncera dans les divisions ingouvernables. Dès son discours, à Bayeux, le Général avait défini le cadre de ce qui allait devenir la Ve République. Après avoir dit non, il allait construire notre avenir. Il remit de l’ordre dans nos institutions qui ont démontré leur solidité, leur équilibre, leur capacité à assurer la paix civile et à adapter notre pays à son temps.

En 1958, le Général De Gaulle fit respecter la parole de la France concernant la signature des traités de Rome de 1957. Pour que la France entre dans la Communauté économique européenne, dès le 1er janvier 1959, une réforme financière fut mise en place par Antoine Pinay ; les barrières douanières tombèrent, offrant les produits français à la concurrence européenne. La France fut poussée à la modernisation. Les autoroutes, la recherche médicale, les centrales nucléaires, l’industrialisation de la France, la remise en état de nos armées, la participation et l’intéressement avec la modicité de sa dette, avec le peu de chômeurs (moins de 200 000) ; avec son taux de croissance élevé, tout ce qui compose nos rêves économiques actuels était la réalité des années De Gaulle. La France était bien gérée.

Des messages, le Général de Gaulle nous en a beaucoup laissés. Je voudrais qu’aujourd’hui, nous retenions celui-ci. « Ce ne sont pas seulement les machines et les crédits qui font le progrès. C’est avant tout, la valeur des hommes. » et j’ajouterais avec leur motivation.

Après avoir mis fin à la guerre d’Algérie, il su imposer une nouvelle constitution qui assura une forte stabilité à notre pays. Il a pris l’initiative d’une réconciliation avec l’Allemagne qui est le pivot de l’Europe que nous connaissons aujourd’hui, et engagea la France dans une modernité technologique et scientifique qui a assuré une période de grande prospérité pour les Français. Quelles que soient les appartenances politiques des uns et des autres, personne ne conteste aujourd’hui l’œuvre immense réalisée par le Général de gaulle.

C’est pourquoi la commémoration de ce 18 juin ne peut aujourd’hui encore que réunir dans un même courant de pensées tous ceux qui veulent que la France continue d’exister et de prendre pour modèle celui qui ne céda jamais lorsque le destin de la France était en jeu. La grandeur de la France, le rassemblement des Français éternellement divisés, et c’est encore le cas aujourd’hui, étaient les seuls critères décisifs de son action. Puisse le souvenir de ce grand homme et de son action nous permettre de nous retrouver autour de l’essentiel et qu’ensemble dans la fraternité nous retrouvions le sens de l’intérêt général et une ambition pour une France fidèle à sa tradition humaniste.

Ecrire un commentaire